Cigarette électronique : sans danger pour le cœur mais toxique pour les poumons ?

30/05/2018
Depuis deux ans, le Dr Martin Chaumont, assistant en cardiologie à l’Hôpital Erasme et chercheur au Fonds Erasme pour la recherche médicale, étudie les effets de la cigarette électronique sur le système cardiovasculaire et respiratoire. Les résultats suggèrent que l’impact sanitaire du vapotage est relativement négligeable sur le système cardiovasculaire mais qu’il n’est pas complètement neutre sur les poumons. Ces découvertes pourraient permettre de cibler quels patients devraient être orientés vers la cigarette électronique et ceux qui devraient l’éviter.

La cigarette électronique est un dispositif électronique qui permet l’inhalation d’un aérosol contenant des arômes et le plus souvent de la nicotine. Le phénomène de combustion associé à la cigarette classique produit des quantités très importantes de goudrons qui sont toxiques pour tous les organes du corps. La cigarette électronique fonctionne sur le principe de vaporisation dont les températures sont très inférieures à la combustion, ce qui permet d’éviter la formation de tels goudrons. De plus en plus d’études montrent que le profil de toxicité de la cigarette électronique est très rassurant en comparaison à la cigarette classique. Par ailleurs, elle semble être au moins aussi efficace pour arrêter de fumer que les autres moyens de sevrage tabagique.

Les impacts du vapotage avec ou sans nicotine sur le cœur et les vaisseaux

Le laboratoire qui accueille le Dr Chaumont travaille sur les effets cardiorespiratoires des cigarettes électroniques de dernières générations chez des fumeurs de cigarettes classiques mais également chez des utilisateurs chroniques de cigarettes électroniques appelés « vapoteurs ». L’étude de ces différents effets est rendue très compliquée par l’extrême hétérogénéité du matériel utilisé par les vapoteurs. En effet, il existe des centaines de modèles différents de cigarettes électroniques et des milliers d’arômes. Chaque utilisateur est donc exposé à un profil de toxicité unique. 

« Nos études standardisées en laboratoire utilisant des paramétrages de haute puissance, donc potentiellement les plus toxiques, ont montré que la vaporisation du liquide sans nicotine n’a eu aucun impact sur les paramètres très sensibles des cœurs et des vaisseaux que nous avons étudiés. Ces mêmes paramètres étaient, par contre, fortement perturbés lors du vapotage avec nicotine », précise le Dr Chaumont.

Ces résultats confirment les effets bien connus et potentiellement délétères de la nicotine sur le système cardiovasculaire. Cependant, au fur et à mesure qu’ils se sèvrent du tabac, les vapoteurs ont tendance à diminuer la teneur en nicotine dans leur liquide, ce comportement permettrait de diminuer le risque cardiovasculaire associé à la nicotine lors du vapotage. 

Quels impacts sur les poumons ?

L’impact de la cigarette électronique sur les paramètres respiratoires a également été investigué. Il a été montré que le vapotage avec et sans nicotine semble induire une inflammation pulmonaire avec de légères perturbations du passage de l’oxygène vers le sang.

À ce stade, les résultats de cette recherche totalement novatrice suggèrent donc que l’impact sanitaire du vapotage est relativement négligeable sur le système cardiovasculaire mais qu’il n’est pas complètement neutre sur les poumons. Ces découvertes pourraient permettre de cibler quels patients devraient être orientés vers la cigarette électronique et ceux qui devraient l’éviter. 

Cette étude est réalisée grâce au soutien du Fonds Erasme. Depuis 1986, le Fonds Erasme favorise la recherche médicale et les avancées au profit des patients à l’Hôpital académique Erasme. Durant cette année, il apporte son soutien à une centaine de chercheurs et contribue au financement de neuf nouveaux équipements de pointe.