Voyage au bout du coeur

27/01/2020
La coronographie est une technique de cardiologie interventionnelle qui permet de diagnostiquer et de traiter certaines pathologies cardiaques – dont les infarctus – sans chirurgie. Le tout grâce à un « simple » tube. Une présentation de l'activité de la Clinique de Cardiologie interventionnelle dans Eras'mag de décembre 2020.

Un cathéter est un fin tube flexible que l’on introduit dans certaines cavités du corps pour voir ce qui s’y passe. Et, parfois, intervenir sur ce qui pose problème. Ces dernières années, grâce aux progrès de l’imagerie médicale et aux perfectionnements des instruments, les techniques de  cathétérisme cardiaque, et particulièrement la coronographie, ont permis de diagnostiquer et de
traiter un nombre croissant de pathologies qui, autrefois, nécessitaient une intervention chirurgicale. Pour le patient, les avantages sont nombreux : pas d’anesthésie générale, moins de  risque de complication, pas de douleur et un séjour à l’hôpital beaucoup plus court puisque, dans
la majorité des cas, le patient peut rentrer chez lui le jour-même.

Le principe de la cornarographie

« Sur les quelque 2000 patients qui passent chaque année chez nous, environ 1700 bénéficient d’une coronographie », explique le Dr Mike El-Mourad, cardiologue et directeur de la Clinique
de cardiologie interventionnelle de l’Hôpital Erasme. « Concrètement, nous pratiquons une anesthésie locale au niveau du poignet (90 % des cas) ou de l’aine, nous y introduisons le cathéter et nous remontons jusqu’aux artères du coeur (coronaires) en suivant le trajet naturel  des vaisseaux sanguins. Une fois dans le thorax, nous faisons une imagerie par rayons X afin de visualiser notre cathéter, en temps réel. »

Première étape : le diagnostic

Une fois sur le site à traiter, le cardiologue interventionnel injecte un produit de contraste, ce qui permet de repérer les anomalies : caillot, rétrécissement ou occlusion d’une artère, etc. Si nécessaire, une petite sonde d’imagerie peut être introduite via le cathéter afin d’examiner l’intérieur du vaisseau. « D’autres examens préalables (électrocardiogramme, échographie  cardiaque, scanner, test à l’effort, etc.) peuvent avoir détecté un problème coronaire, mais au
final, c’est la coronographie qui permet de confirmer ou d’affiner le diagnostic », explique le Dr El-Mourad.

Seconde étape : le traitement

La coronographie a aussi une visée thérapeutique, l’angioplastie coronaire, notamment pour traiter les trois formes de ce que l’on appelle le syndrome coronarien : l’angine de poitrine, le « petit » infarctus et le « grand » infarctus.
Dans les deux premiers cas, le coeur est en souffrance, mais l’artère malade n’est pas (encore) complètement bouchée. Le traitement va des médicaments par voie orale à la chirurgie cardiaque,
en passant par la pose de stents. 
Dans le grand infarctus, non seulement l’artère est bouchée, mais il y a déjà de probables séquelles : l’occlusion par un caillot ou le rétrécissement critique de l’artère a privé de sang une partie du coeur, nécrosant une partie des tissus cardiaques. C’est une urgence médicale et il faut intervenir tout de suite.
Quand un caillot est à l’origine d’un grand infarctus, il faut le dissoudre à l’aide  d’anticoagulants et de substances antiplaquettes administrées par voie intraveineuse ou l’aspirer à l’aide du cathéter.

Un petit ressort dans le coeur

Si un rétrécissement artériel est en cause, il faut mettre en place un stent. Ce petit ressort vise à élargir le diamètre de l’artère afin de rétablir une circulation sanguine normale. « Nous commençons par changer de cathéter et nous en introduisons un plus large, dans lequel nous passons un fin fil métallique », explique le Dr El-Mourad. « Ce fil nous sert de guide, de rail sur lequel nous faisons glisser une sorte de petit ballon qui écrase les obstacles et ouvre le passage pour le stent. » Plus de la moitié des coronographies réalisées à l’Hôpital Erasme finissent par la mise en place d’un ou plusieurs stents, au sein même de la Clinique de cardiologie interventionnelle.

TAVI, une technique de pointe

Le remplacement valvulaire aortique par voie percutanée (TAVI) consiste, via un cathéter, à introduire une valve artificielle pour « écraser » et, in fine, remplacer une valve cardiaque défectueuse. À l’origine, cette technique était destinée aux patients trop fragiles pour supporter une chirurgie. Depuis peu, elle peut aussi être indiquée chez les personnes à risque chirurgical intermédiaire. Des études sont en cours afin d’étendre cette technique à tout patient
souffrant d’un rétrécissement serré de la valve aortique.