Historique

Par-dessus tout, la Chirurgie Cardiaque dépendait de la mise au point de méthodes permettant de suppléer pendant un temps suffisamment long la fonction du cœur et des poumons, afin de procéder à la cure des affections malformatives, valvulaires et coronaires.

La première avancée réellement significative fut l'œuvre d'Arthur Blalock qui en 1943 à Baltimore, réalisa une communication (un "shunt") entre l'aorte et l'artère pulmonaire, permettant de soulager les patients, souvent de jeunes enfants, souffrant de malformations cyanogènes (les "maladies bleues"). Bien que palliative et non curative, cette intervention constituait une véritable révolution, car elle apportait pour la première fois un espoir à des milliers de malades autrefois condamnés à une lente dégradation. A peu près en même temps, Crafoord en Suède réalisait la première cure de coarctation aortique, autre affection congénitale de pronostic sombre.

La véritable éclosion de la Chirurgie Cardiaque moderne devait attendre l'année 1953, date à laquelle pour la première fois, le Docteur A. Gibbon, réalisait la correction d'une malformation intracardiaque, sous protection d'une machine de circulation extra-corporelle de son invention.

Dès lors s'ouvrait la voie à de multiples réalisations chirurgicales, favorisées par les avancées techniques dans le domaine de matériaux artificiels, de la recherche biomédicale et des progrès parallèles des autres branches de la médecine, en particulier de la Cardiologie.

Citons les prothèses artérielles en 1952, les premières valves artificielles en 1961, les pontages coronaires en 1967 (rendus possibles par les premières opacifications des artères coronaires malades en 1958 par Sones). La chirurgie de pontages coronaires allait bientôt devenir une des interventions les plus fréquemment pratiquées dans les pays développés, où les maladies coronariennes devaient constituer un problème majeur de santé publique. Dans le même temps, le coût élevé d'opérations réclamant un environnement humain et technique de haute qualité n'allait pas sans implications budgétaires préoccupantes.

Restait à résoudre le problème des défaillances terminales des organes, cœur ou poumons, ayant dépassé les possibilités des traitements classiques. Ce fut chose faite lorsque C. Barnard en 1967 et N. Shumway en 1981 réalisèrent les premières greffes cardiaques et cardio-pulmonaires. Contrariées par le problème de rejet immunologique, ces techniques devaient véritablement s'imposer à partir de 1981, date de mise sur le marché de la Cyclosporine, puissant inhibiteur de la réaction de rejet, découverte par Borel.

En 1983, De Vries implantait un cœur totalement artificiel en remplacement du cœur humain.

Bien que cette première tentative n'aie pas connu le succès espéré, elle devait ouvrir la voie à d'autres et déboucher sur la perspective actuelle de l'implantation à grande échelles de ces machines pour un traitement à long terme.

Pour résumer cette première partie, l'on pourrait dire qu'après une période "préhistorique", faite de tentatives courageuses mais vouées à l'échec, l'avènement de la circulation extra-corporelle devait permettre le développement et la maturation de toutes les techniques actuelles de la chirurgie cardiaque, explorant toutes les possibilités offertes et aboutissant, après une ascension riche en découvertes, à une phase de plateau, où seuls des perfectionnements des techniques déjà consacrées étaient possibles. Ce fut la période "classique" qui devait durer une trentaine d'années.