L'ergothérapie ou l'art de l'activité humaine

Ergothérapie, l'art de l'activité humaine

A l'Hôpital Erasme, le Service d'Ergothérapie est un service qui se développe et grandit. Rétrospective sur cette discipline en pleine évolution.

L’ergothérapie vise à optimiser l’indépendance (capacité de réaliser une activité) et/ou l’autonomie (volonté de réaliser une activité) des patients. En Belgique, la profession d’ergothérapeute s’est développée il y a une cinquantaine d’années dans un Service de Dialyse où il a été constaté que les patients qui effectuaient une activité durant leurs soins étaient plus adhérents au traitement et le toléraient mieux ; démontrant ainsi les bénéfices de l’activité occupationnelle. 

Cette idée innovante s’est diffusée ensuite à d’autres services, où l’activité est devenue également source d’évaluation (par exemple, à l’école du dos, l’ergothérapeute détermine de manière concrète les mouvements inappropriés réalisés par les personnes atteintes de lombalgies), source de socialisation (les ateliers d’expression et de créativité proposés dans le cadre de la psychiatrie favorisent le contact social), de stimulation (les personnes atteintes d’un AVC sont soutenues dans le réapprentissage de la manipulation des couverts lors de l’alimentation), et de valorisation (la personne âgée peut mettre en évidence ses compétences lors d’un groupe cuisine proposé dans le cadre de la gériatrie). C’est alors que le mot “activité” a été associé à l’image de l’ergothérapeute. 

La notion d’activité

En 2002, Kielhofner a proposé un modèle de l’occupation humaine qui a élargi le concept de l’activité. Pour lui, l’activité est une habitude de vie, comme manger, marcher, s’habiller, faire des courses, trier le linge, garder ses petits-enfants, faire de la politique, ... L’ergothérapeute étend peu à peu son champ d’action : TOUT devient activité. Le monde du handicap participe, lui aussi, à l’évolution de la profession à travers la notion de situation de handicap : « nous ne sommes pas handicapé lorsqu’on est paraplégique, mais nous sommes en situation d’handicap face à un escalier que nous ne pouvons plus monter ».

Des modèles récents comme le PPH (Processus de Production du Handicap) ou la CIF (Classification Internationale du Fonctionnement, modèle reconnu par l’OMS) identifient les mécanismes de production du handicap : il s’agit de l’interaction à un moment donné entre des aptitudes personnelles (les capacités de la personne) et une habitude de vie dans un environnement physique et social donné.

Or, si le monde médical actuel est ciblé sur l’analyse et la réactivation des aptitudes de leur patient, peu de professions, à part l’ergothérapie, s’occupent de la modification d’une habitude de vie ou de la modification de l’environnement architectural ou social pour lever une situation de handicap. C’est un créneau original.

Le regard de l’ergothérapeute sur ses patients

L’ergothérapeute s’intéresse davantage aux ressources du patient qu’à ce qui ne fonctionne plus chez lui, afin qu’il puisse garder autonomie et indépendance en tenant compte de ce qui est prioritaire pour lui. Il travaille également sa motivation, un élément fondamental qui donne « des ailes » au patient et qui semble parfois négligé dans les unités de soins.

La profession d’ergothérapeute en évolution

La profession d’ergothérapeute est une profession qui se porte bien. Tous les ergothérapeutes trouvent du travail facilement. Le nombre d’étudiants dans les écoles d’ergothérapie est en croissance constante. Au plan européen, la profession gagne du terrain. La Flandre a développé récemment une école d’ergothérapie de niveau master, favorisant l’évolution de la profession. Les preuves en termes d’efficacité de prise en charge ergothérapeutique pour justifier leurs actes en termes de coût-efficacité (Evidence Based Occupational Therapy)  commencent à se développer au niveau universitaire international. Par ailleurs, le Canada forme des doctorants (PhD) en ergothérapie, dispose de programmes de recherche performants et de sites propres à la profession. Enfin, de nombreuses approches qualitatives montrent la satisfaction des patients et de leurs proches de la prise en charge ergothérapeutique.

Les projets d’ergothérapie à l’Hôpital Erasme

Le service d’ergothérapie souhaite une ergothérapie universitaire : une méthodologie rigoureuse permettrait aux ergothérapeutes de prendre du recul par rapport à leur pratique et leurs outils d’analyse actuels. La démarche scientifique, qui fonde la recherche, devrait permettre d’analyser la pratique et de conceptualiser le métier. Même si de nombreux ergothérapeutes participent à des programmes de recherche, ils sont encore trop peu nombreux à élaborer des protocoles d’étude.

Un autre souhait du Service d’ergothérapie serait d’avoir la possibilité d’évaluer les habitudes de vie au domicile des patients. La reconnaissance par l’INAMI d’une tarification au domicile est maintenant envisageable sous certaines conditions et fait partie des actions de la défense professionnelle des ergothérapeutes.

Enfin, les ergothérapeutes devraient disposer « d’appartements thérapeutiques », sorte d’habitation expérimentale où l’on pourrait reproduire les gestes de la vie quotidienne avec recours aux aides techniques à disposition. Sur ce point, une collaboration avec le CTR est une perspective heureuse. En effet, le CTR dispose d’un appartement thérapeutique qui pourrait leur être fort utile en termes d’expertise reliés au mode de vie de personnes.

Le travail en équipes multidisciplinaires

Le travail en équipes multidisciplinaires est primordial. Avec le vieillissement croissant de la population, le monde médical se trouvera confronté à une augmentation importante de patients porteurs de maladies chroniques, comme le diabète, la maladie d’Alzheimer, la dépression, les AVC, l’insuffisance cardiaque, respiratoire, etc. Pour ce type de pathologie, l’accompagnement des patients est tout aussi important que le traitement médical. Ainsi, le développement de l’éducation thérapeutique, du soutien aux aidants, de la prévention, des thérapies, des programmes de prise en charge personnalisés et multidisciplinaires se sont davantage développés. Dans ce cadre, les notions d’environnement et d’habitudes de vie, bien maîtrisées par les ergothérapeutes, tiennent une place importante et permettent de les intégrer parfaitement dans l’équipe multidisciplinaire.

Les ergothérapeutes sont de plus en plus sollicités dans le processus de réadaptation. D’une part car leurs interventions se centrent sur la fonctionnalité, c’est-à-dire le concret des situations et, d’autre part car ils tentent de répondre aux souhaits des personnes de reprendre leur vie en main. Sans vouloir être trop prétentieux et avec ses moyens, l’ergothérapie essaie d’être reconnue comme un centre névralgique de la réadaptation.

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